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    La notion ou concept d'Amour- René Bommelaere

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    René Bommelaere
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    La notion ou concept d'Amour- René Bommelaere

    Message  René Bommelaere le Mer 6 Avr - 8:59

    La notion ou concept d'Amour

    Cette notion d'amour est souvent employée d'une façon très subjective aussi il y a lieu -- pour les praticiens de l'écoute -- dans le contexte psychanalytique, de préciser leurs observations en termes qui proposent des expérimentations les plus concrètes et précises possibles. Cela s'avère nécessaire pour tous ceux (pas si nombreux) qui désireraient s'expurger d'un flou artistique propre aux erreurs de perceptions et aux constructions imagées, fabulées, constitutives d'un mode d'hallucinations collectives.
    Ces hallucinations inconscientes collectives sont pourtant le socle sur lequel s'est construit tout le groupe humain.
    Il est intéressant d'effectuer une approche de l'inné au plus près possible et préciser ainsi -- les acquis -- de l'espèce humaine, des acquisitions que nous pouvons percevoir par suite, non dénuées d'intentionnalités et de sens.

    "Vous nous dites que l'amour n'existe pas !"
    Cette question m’ est posée parfois, or, d'évidence, ce concept s'il est posé couvre -- quelque chose --. Il s'avère de préciser ce concept sur les deux plans de perceptions, c'est-à-dire celui du plan de vie et celui des perceptions de références, normes, dogmes, lois, croyances de groupe que nous pouvons nommer : l'inconscient surmoïque.
    Nous sommes ici sur le domaine des perceptions acquises de l'humanité, perceptions transmises que nous pouvons entendre comme (le patrimoine relationnel, inconscient, dont tout être hérite). Il va de soi que chacun peut l’utiliser, l’entendre plus ou moins à sa façon.
    Donc « l'amour existe » et nous l'entendrons, au préalable, dans ses perceptions infantiles (préœdipiennes) qui se manifestent dans tout groupe humain, (1) avec tous les traumas qu'elles proposent, mais qui dans l'inconscience générale -- d'imitation -- ne sont pas entendus et de fait non signifiés comme tels.
    Aimer a un sens au niveau de vie, c'est ce qui nous fait vibrer, dans l'accueil de ce qu'elle est. Il s'agit de notre capacité, de nos aptitudes à vibrer « à l'unisson » en complicité, avec ce qui nous entoure, c'est-à-dire tout notre relationnel vécu avec le minéral, le végétal, l'animal, l'humain, mais aussi le contexte, l'ambiance, les activités, l'événement quel qu'il soit, de même les réflexions personnelles, qu'engendre le rapport à l'autre et l'Autre.
    L'échange donc, l'échange complice avec « l'autre » une relation à l'autre qui nous permet de – Se -- rencontrer, de construire d'accueillir notre sensibilité de vie, notre sensibilité à la vie -- sous toutes ses formes --.
    Ainsi nous pouvons utiliser la présence de l'autre... En fait, il s'agit simplement de ce que nous en percevons. Là, nous apprenons à entendre-percevoir que l'autre ne peut rien nous donner. Il peut être là, présent ou absent, mais pour ce qui est d'aimer, prendre plaisir, se passionner, tout s'engendre à l'intérieur de l'être (en lui et pour lui).
    Si je perçois cela sur le plan de vie, j'entends bien que je n'aime pas l'autre, mais que je prends plus ou moins de plaisir à ce que j'en perçois (ma façon, celle que je me suis donnée de percevoir) et ce que j'en fais. Ce que j'en fais, dans le sens, de cette récupération de ma sensibilité de vie. J'entends que j'en suis là, le seul maître d’œuvre, et je sais en apprécier ce qui en résulte, cela je me le dois, j'apprécie ce que je fais pour moi, l'artisan récupérateur de mes capacités « à vibrer » qui s'affinent de plus en plus.
    Je prends de plus en plus conscience de tout ce qui m'anime, de cette vie et de ces « parcelles d'infini » dont j'enrichis mes perceptions, d'où l'élargissement de mes aptitudes à me situer en harmonie avec tout ce qui m'entoure.
    Je sais apprécier ce que je me donne, j'aime ce que je fais pour moi... Ainsi j'entends qu’ aimer peut se conjuguer dans ce sens, uniquement dans celui-ci : « je m’aime -- je vais m'aimer -- je m'aimerai... De plus en plus ».
    Je n'ai pas la possibilité, l'aptitude d'aimer l'autre (un simple rappel des notions d'altérité et de castration primaire) je vibre bien souvent sur ce « que j'en perçois et ce que je fais de cette perception d’objet » mais en fait ce que je veux en percevoir n'a rien à voir avec ce qu'il est et la réalité objective de ce qu'il vit.

    « Aimer son prochain comme soi-même ! »
    « Je vous aime ! » -- « Je t'aime ! » S'exclament-ils ou elles...
    Mais avec quoi ? S'ils ne savent pas s'aimer eux-mêmes !
    Je peux apprécier de rencontrer l'autre dans la mesure où il sait se reconnaître, s'aimer, car là, -- cet objet -- je peux « m'enrichir » de ce qu’il est pour lui-même.
    Par contre, l'autre, celui qui ne sait pas s'aimer, celui qui attend, espère que l'autre puisse l'aimer (aux vues des dégâts que ces erreurs de perceptions qui l' animent peuvent provoquer...) Je préfère qu'il m'oublie, je ne peux simplement souhaiter, nous pouvons l'entendre et le comprendre, « qu'il m'aime comme il le fait si peu pour lui-même ».
    Ainsi je peux m'aimer « moi seul, à l'instar de chacun de nous, peut s'aimer » encore faut-il nous l'avons compris, qu'il y ait un -- moi --. Par suite cet outil, cet objet, que je présente, représente pour l'autre, peut alors (seulement s'il désire l’utiliser dans ce sens) lui être utile à S'aimer...
    Nous pouvons percevoir à l'usage qu’il est de loin « plus difficile, plus laborieux » mais combien plus heureux de s'aimer soi-même.
    En fait, pour soi-disant aimer l'autre dans et par l'hétéro centrisme, par l'altruisme et ses attributs de solidarité et d'empathie si souvent évoqués, il suffit de se positionner plus ou moins maladroitement dans des processus d'imitations de groupe qui par évidence nous proposent des actions, des réactions inconscientes, de haines -- de guerres marquées des désirs : -- d'emprises -- de possessions – d’ensemencements... « Au Nom de l’Amour ». Qui malheureusement ne se perçoivent que si nous le désirons.

    Il y a aussi la notion de construction d'un couple, d'une relation qui se proposerait avec le temps, mais là, la relation, le couple se propose alors sans lien, sans désir de lien, ils s'inscrivent sur ce qui se présente au présent, dans le temps imparti à ce présent (à entendre), pas de conjugaison au futur pour ce qui est relation ou couple, le futur se construit pour et par le sujet – pour lui –même, là au moment présent -- (ce peut être une succession de présents mais non désirés quant à l'autre). Je n'ai pas besoin de l'autre pour être complice avec moi-même, mais je suis apte à accueillir tout ce que la vie me présente ... Et je peux me donner les moyens de l'apprécier.
    Ce que je sais c’est que cela n'est pas donné car il est nécessaire de se départir, de se sortir, de l'hallucination collective : « qui propose que l'on peut ou/et doit aimer l'autre ».


    Je reprends ici les perceptions décrites par : Alain Badiou dans -- l’éloge de l'amour -- : « j'en discerne trois principales. D'abord, la conception romantique, qui se concentre sur l'extase la rencontre. Ensuite,... La conception qu'on peut dire commerciale ou juridique, selon laquelle l' amour serait finalement un contrat. Un contrat entre deux individus libres qui déclareraient qu' ils s'aiment, mais en faisant bien attention à l'égalité du rapport, au système des avantages réciproques, etc. Il y a également une conception sceptique qui fait de l'amour une illusion. »


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    C'est avec un certain plaisir que je me propose de répondre à toute question qui serait susceptible de vous aider à mieux comprendre mes propos -- aussi n'hésitez pas --
    René Bommelaere

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